L’Institut européen des sciences humaines (IESH) de Saint-Léger-de-Fougeret, dans la Nièvre, est le plus ancien institut français de formation d’imams. Il est fondé au début des années 1990 à l’initiative de l’UOIF (devenue Musulmans de France).
Le 4 décembre 2024, l’IESH fait l’objet d’une vaste perquisition menée par la police judiciaire et des enquêteurs de la sous-direction antiterroriste, en présence de la procureure de Nevers. L’enquête, ouverte sur la base d’un signalement de 2023, porte sur des soupçons de blanchiment, d’abus de confiance et de non-déclaration de financements étrangers (notamment Qataris), pour un montant supposé de 300 000 euros. Les enquêteurs saisissent de l’argent liquide entreposé dans le coffre-fort de l’Institut. Celui-ci ne dispose d’aucun compte bancaire puisque, selon sa direction, aucune banque n’accepte de travailler avec eux y compris celles désignées par la Banque de France dans le cadre de la procédure de droit au compte.
En mai 2025, l’IESH est explicitement cité dans le rapport commandé par le ministère de l’Intérieur sur les Frères musulmans et l’islamisme politique en France, qui pointe des liens supposés avec la mouvance frériste et l’absence de pluralité dans ses enseignements. Le 16 juin 2025, un arrêté ministériel gèle pour six mois les avoirs financiers de l’IESH ainsi que ceux de deux de ses dirigeants. Une semaine plus tard, le 23 juin 2025, l’Institut est informé par courrier d’un projet de dissolution. Dans un communiqué, l’IESH conteste une mesure « grave dans ses conséquences » et « incompréhensible au regard de [sa] mission ». Il se présente comme le plus grand établissement d’enseignements théologiques musulmans d’Europe. Il met en avant la signature de la Charte de l’islam de France et annonce qu’il saisira la justice administrative en référé en cas de décision effective. Le doyen de l’institut, Larabi Becheri, affirme de son côté à l’AFP que l’établissement n’a reçu aucun don étranger depuis 2018.
Le 3 septembre 2025, le décret de dissolution est publié au Journal officiel. Le gouvernement accuse l’Institut de « provocation à la discrimination, à la haine et à la violence à l’égard des non-musulmans, des femmes et des homosexuels », le soupçonne de « légitimer la guerre sainte » et de promouvoir une vision radicale de l’islam, et retient ses liens avec la mouvance des Frères musulmans, présentée dans le décret comme prônant « l’avènement d’une société régie par la loi islamique ». Sur X, Bruno Retailleau annonce et motive la mesure : « La lutte contre l’entrisme de la mouvance frériste se poursuit. […] il [l’IESH] prônait un islam radical et légitimait le jihad armé. »
L’Institut, qui scolarisait entre 1 500 et 2 000 élèves venus de toute l’Europe, ferme ses portes. Le 1er octobre 2025, l’IESH saisit le Conseil d’État pour contester le décret. Le maire de la commune, où l’établissement entretenait des « échanges réguliers » avec la mairie, dit avoir été « un peu surpris » par la dissolution. Le Monde précise que le dossier du gouvernement s’appuie notamment sur deux perquisitions, celle de décembre 2024 et une seconde, menée en 2025, jamais rendue publique, ainsi que sur des notes des services de renseignement.
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